Janvier 2001. Des spéléologues belges découvrent la grotte de Hoq et ses merveilles archéologiques. Janvier 2002, une seconde équipe se rend sur place en compagnie de deux experts. Les découvertes deviennent « historiques ».
CHRISTIAN DU BRULLE (LE SOIR - 23/03/2002)
Imaginez une île coincée entre la tome de l’Afrique et la péninsule arabique- isolée du monde huit mois par an à cause de la mousson Quasi interdite aux étrangers mais dont les massifs calcaires s’ouvrent depuis peu aux scientifiques.
C’est Socotra (Suqutra). Un morceau de Yémen situé à 350 kilomètres des côtes de la trière patrie et à 250 kilomètres de l’Afrique. Cet espace ultra préservé, classé dixième île la plus riche en espèces végétales du monde (ce qui la place au niveau des Galápagos), est aussi un fantastique réservoir de découvertes archéologiques.
Bien que très connue de nombreuses civilisations dans l’antiquité l’île ne ,-,importait, jusqu à présente, que peu de vestiges archéologiques dignes d’intérêt, en dehors des ruines d’une église et d’un fort portugais du XVI siècle explique Philippe Axell, un producteur belge qui vient d’y diriger une expédition en compagne du professeur Christian in, directeur du laboratoire d’Ewdes sémitiques anciennes du CNRS (Collège de France) et de l’archéologue tunisien Hédi Dridi.
Trois kilomètres de surprises
Socotra est parsemée de nombreuses grottes qui n’avaient jamais été explorées jusqu’à ce qu’une équipe de spéléologues beiges, dirigée par Prier De Geest, s’y rende en janvier 2001 pour y effectuer une première prospection, précise-t-il. Lors de cette expédition, lis remarquèrent, dans la grotte de Hoq, plusieurs poteries et une plaquette en bois comportant des inscriptions. Mais ils n’ont pas prit la précaution d’alerter les services archéologiques yéménites, déplore Alain Grignard, un autre spécialiste belge des milieux son terrains.
Leur découverte n’a donc pas été officialisée. Le « mal » a été réparé voici deux mois. En janvier dernier, l’équipe de Philippe Axell gagne à son tour file mystérieuse et plonge au coeur de la grotte de Hoq. Nous l’avons explorée sur trois kilomètres, relate Alain Gngnard. Ses richesses nous ont éblouis y avait des dizaines de poteries (jarres et brûle-parfum), des dessins, des charbons (des restes de torches), des empreintes de pieds nus figées par le calcaire, les inscriptions en langues antiques mais aussi deux plaquettes en bois, dont une en parfait état de conservation. Toutes ces découvertes ont immédiatement été rapportées par les explorateurs au directeur des Antiquités, Musées et Manuscrits du ministère yéménite clic la Culture, le docteur Yusef Mohammad Abdullah. Depuis, les trésors de la grotte de Hoq sont devenus une réalité culturelle.
Extraordinaire conservation
Et la plaquette en bois. sans conteste la pièce maîtresse de cet ensemble ? Elle présente un texte en langue araméenne (la langue du Christ), souligne Philippe Axell. Le teste mentionne (e nom de ion auteur, un certain Abgar et le but de sa présence ; les prémices de son offrande à une divinité ou à un dieu. Ce qui semble indiquer que la grotte servait vraisemblablement de lieu de cultes à ses anciens occupants. Ce qui n’est guère étonnant. Sauf peut être en ce qui concerne la profondeur à laquelle les antiques populations qui fréquentaient Socotra s’y donnaient rendez-vous. A plus de 1,5 kilomètre de l’entrée. Une distance considérable.
Quant à la question de son extraordinaire conservation, les scientifiques ont déjà des ébauches de réponses.
Les découvertes archéologiques des berges du lac de Paladru ou celles du désert égyptien ont montré que la bonne conservation des bois était loin d’être conditionnée par le taux d’humidité ambiant. Les facteurs déterminants sont en fait la stabilité du taux d’humidité, celle de la température et la faible luminosité. Or, l’objet se trouvait à une profondeur suffisante pour lui assurer un environnement obscur et stable. De ce fait, l’état de conservation de notre planchette n’a pas paru surprenant pour la spécialiste du bois à laquelle nous avons soumis nos interrogations, conclut Hédi Dridi.
La saga concernant la redécouverte de cette grotte est relatée dans 1e long reportage sur l’île de Socotra réalisé par l’équipe de Philippe Axell. Le document en phase de montage, devrait être diffusé dans les mois qui viennent par la télévision.
Le texte gravé sur la planchette de la grotte de Hoq a été traduit par Maria Gorea, du laboratoire d’études sémitiques anciennes du CNRS (Collège de France). En voici le contenu. Au moi de tammouze le 25e jour de l’an 569 (de l’ère Séleucide - 258 de notre Ire ère), moi, Abgar, fils de ‘Abshamayd ShMMR’, j’ai apporté les prémices de mon offrande ici Que le dieu qui est notre maître (te) bénisse,ici, toi homme qui lira cette tablette et qu’il bénisse ceux qui laisseront la tablette dans son lieu.