Les élections législatives en Syrie


La crise irakienne qui occupe le devant de la scène politique au Proche-Orient a occulté les élections des membres du Parlement syrien, qui se sont déroulées les 2 et 3 mars 2003. Ces élections législatives sont les premières depuis l’arrivée au pouvoir du Docteur Bachar al-Assad. Les citoyens syriens, dans toutes leurs diversités politiques, avaient repris espoir lors de son discours d’investiture annonçant un programme d’ouverture et de réformes politiques.

Le Proche-Orient est à la veille d’une grande mutation débutant par l’Irak pour s’étendre sans doute aux autres pays de la région. En effet, les observateurs et experts de la politique syrienne attendaient de la part du régime syrien un élargissement et une accélération du processus de démocratisation ainsi que le respect des droits de l’homme promis par le nouveau président, à savoir l’autorisation de constituer des partis politiques, la réforme du système électoral garantissant l’égalité des chances pour tous les partis et toutes les forces politiques.

L’ADO (Assyrian Democratic Organization) constate que le régime syrien n’a pas tiré profit de l’analyse de la situation interne et des grandes manœuvres à l’échelle régionale et même internationale afin d’anticiper les « mutations » qui se dessinent actuellement.

Sur les 250 sièges du Parlement couvrent les 15 circonscriptions électorales du pays ; le Parti Baath se réserve la majorité des sièges soit 51%, attribue 9% aux partis du Front National Progressiste (appoint au Baath), les 40% restant étant destinés aux indépendants.

La majorité des partis d’opposition (Rassemblement National Démocratique) interdits en Syrie, ont boycotté ces élections, soit en ne présentant pas de candidat, soit en demandant à leurs partisans de ne pas voter. Malgré les critiques portant sur la situation politique, les lacunes et dysfonctionnements du système électoral, le mouvement assyrien de Syrie, représenté par l’ADO s’est présenté cette fois encore aux élections, proposant Mr Gabriel Moushe GAWRIEH comme candidat indépendant pour la circonscription d’al-Hassaké, où la population assyrienne (syriaque/chaldéenne…) est fortement représentée. Cette position de l’ADO est basée d’une part sur le principe de participation active à la vie politique syrienne et d’autre part sur la considération que ces élections sont les premières de la présidence du Dr Bachar al-Assad, dont les directives d’ouverture et de libertés politiques méritent d’être suivies. L’ADO ne comptait pas seulement sur les voix des Assyriens, mais également sur celles d’autres citoyens représentant la société syrienne (Arabes, Kurdes, Arméniens, Yezidis et autres) habitant dans la Djezireh syrienne.

Pour contrarier la victoire des candidats et des mouvements politiques non autorisés, la direction du Parti Baath et d’autres services de la circonscription d’al-Hassaké sont intervenus par des voies détournées - liste d’ombre sortie en dernière minute- pour favoriser « certains indépendants », ainsi qu’en réduisant le pourcentage des sièges des indépendants de 40% à 20% (3 sièges au lieu de 5, sur un total de 14), bafouant ainsi les lois électorales ratifiées en 1990.

Malgré les protestations des citoyens contre ces violations de la loi, les responsables locaux ont poursuivi leurs manipulations électorales, surtout dans les bureaux de vote et en empêchant Mr Gabriel Moushe Gawrieh de contrôler le dépouillement du scrutin : c’est ainsi que le déroulement des élections dans la circonscription de al-Hassaké tourna à la mascarade.

Par ailleurs, le candidat avait envoyé une lettre de protestation au Président et avait déposé, le premier jour des élections, une plainte auprès du Ministre de l’Intérieur, concernant la violation de la liberté des électeurs et les transgressions des lois relatives aux élections législatives en vigueur en Syrie. Mr Gabriel Moushe Gawrieh, avec d’autres candidats indépendants, a adressé également au gouverneur d’al-Hassaké une requête récusant les résultats définitifs des élections et demandant qu’il soit procédé à de nouvelles élections dans cette circonscription.

Dans sa conférence de presse du 5 mars 2003, le ministre de l’Intérieur, le major-général Ali Hammoud, proclama les résultats officiels des élections parlementaires syriennes :

  • 167 sièges (66,8% au lieu de 60%) pour le Parti Baath et son Front National Progressiste
  • 83 sièges (33,2% au lieu de 40%) pour les indépendants.

Ces élections ont consacré la mainmise du parti Baath qui domine la vie politique de la Syrie depuis mars 1963.

Tout en insistant sur la réalité historique et sociologique des pluralités ethniques, linguistiques et religieuses que constitue cette mosaïque qu’est le Proche-Orient, l’ADO considère que la participation de toutes les composantes nationales et politiques de la Syrie aux élections législatives constitue sans doute un modèle riche de potentialités pour l’avenir du pays.

La reconnaissance de chaque composante nationale et de ses droits légitimes ne signifie pas diviser la société ou faire obstacle aux intérêts communs des « Etats-Espaces », dimension transcendante d’Etat-Nation, mais au contraire : contribuer à la prévention et à la suppression des conflits, à consolider la confiance en des principes de démocratie, de citoyenneté et de modernités politique, économique et sociale de la constellation de peuples et de nationalités du Proche-Orient.

 


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