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AFP - Syrie : vendredi sanglant à Deraa, des milliers de manifestants dans le pays


DAMAS (AFP) - 09/04/2011 12:52
 
La ville de Deraa, épicentre de la contestation contre le régime syrien, a connu un vendredi particulièrement meurtrier, alors que des dizaine de milliers de personnes ont défilé dans d’autres cités du pays.

Selon le président de l’Organisation nationale pour les droits de l’Homme (ONDH), au moins 37 personnes ont été tuées vendredi par les forces de l’ordre syriennes.

"Des manifestations pacifiques appelant à la liberté se sont déroulées vendredi dans les différentes régions syriennes, notamment à Deraa dans le sud", a déclaré Ammar Qorabi.

Mais les autorités syriennes "ont réprimé avec violence ces manifestations en utilisant des grenades lacrymogènes et en tirant à balles réelles sur les civils désarmés, tuant et blessant des dizaines de personnes".

A Washington, le président Barack Obama a condamné "fermement" les violences commises par le gouvernement ainsi que "tout usage de la violence" par des manifestants.

Les versions et les bilans diffèrent entre les militants des droits de l’Homme et les autorités.

Ammar Qourabi, président de l’Organisation nationale des droits de l’Homme, a affirmé avoir une liste de 19 personnes tuées par balles ou asphyxiées avec les grenades lacrymogènes tirées par les forces de sécurité dans cette ville à 100 km au sud de Damas.

"Des milliers de manifestants sont sortis de trois mosquées pour se rassembler sur la place devant le palais de justice. Les forces de sécurité en civil ont tiré d’abord des grenades lacrymogènes puis des balles réelles et caoutchoutées pour les disperser alors que les manifestants leur lançaient des pierres", a affirmé un militant local des droits de l’Homme.

Selon le ministère syrien de l’Intérieur, 19 policiers et membres des forces de l’ordre sont morts et 75 ont été blessés par des tirs à balles réelles de "groupes armés".

Auparavant, il avait fait état de quatre policiers et d’un chauffeur d’ambulance tués, soulignant que "les policiers et les agents de sécurité avaient reçu des consignes fermes à ne pas porter d’armes". Ils n’ont fait usage que "de grenades lacrymogènes contre des individus leur jetant des pierres et essayant de bloquer des rues avec des blocs de béton et des pneus enflammés".

Dans la nuit de vendredi à samedi, le ministère a affirmé sa détermination à "faire face" aux groupes armés qui "tirent sans discrimination" à la fois sur les manifestants et les forces de l’ordre, dans un communiqué qui évoque des "comploteurs (...) poussés par des parties étrangères connues qui rejettent les réformes".

A Homs (160 km au nord de Damas), les versions diffèrent aussi. M. Qourabi fait état de deux manifestants tués par les forces de sécurité et de trois morts à Harasta, à 12 km au nord de Damas.

En revanche, Sana parle de "centaines de blessés" à Homs, dont six membres des services de sécurité admis à l’hôpital militaire de la ville.

"Des hommes cagoulés sur des motos ont tiré de manière indiscriminée sur des citoyens et des groupes armés ont brûlé des voitures de police et tiré sur des policiers et des agents de sécurité", assure Sana.

Selon Amnesty International, six personnes ont été tuées dans les manifestation à Deraa, deux à Homs.

Dans le nord, près de 7.000 personnes ont manifesté dans des localités à majorité kurde, réclamant l’abolition de la loi d’urgence et la libération de détenus, selon Radif Moustapha, président du comité kurde pour les droits de l’Homme, au lendemain d’un décret du chef de l’Etat Bachar al-Assad naturalisant des dizaines de milliers de Kurdes.

Plusieurs milliers de personnes ont également manifesté à Banias (ouest) et un millier à Tal (20 km au nord de Damas), selon Abdel Karim Rihaoui, qui dirige la Ligue syrienne de défense des droits de l’Homme.

A Douma (15 km au nord de Damas), la journée s’est déroulée dans le calme.

La Syrie est le théâtre depuis la mi-mars d’un mouvement de contestation sans précédent du régime de Bachar al-Assad, qui a fait plus d’une centaine de morts, selon des organisations de défense des droits de l’Homme.

"Je condamne fermement les violences atroces commises aujourd’hui et ces dernières semaines par le gouvernement syrien contre des manifestants pacifiques. Je condamne aussi tout usage de la violence par les manifestants", a déclaré M. Obama depuis Washington.

"J’appelle les autorités syriennes à ne pas commettre davantage de violences contre des manifestants pacifiques. En outre, les arrestations arbitraires, les emprisonnements et la torture de prisonniers dont il a été fait état doivent cesser tout de suite, et la circulation sans entrave des informations doit être autorisée pour que les événements sur le terrain puissent être vérifiés", a ajouté M. Obama.

Londres a "condamné le meurtre de manifestants par les forces de sécurité syriennes" et appelé à des réformes politiques "sans délai".




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