Le 7 août : le jour du martyr assyrien [fra] (07/2001)


Le 7 août de la première année du 3e millénaire est chargé d’un sens particulier et constitue une étape essentielle dans le processus de réouverture du dossier relatif aux massacres et au génocide commis envers le peuple assyrien au siècle passé.


En effet, en dépit de toutes les menaces pesant sur l’existence de ce peuple depuis l’époque ottomane jusqu’aux régimes totalitaires et chauvinistes qui lui fixaient trois choix - la déportation, l’assimilation ou l’extermination - la caravane des martyrs assyriens a traversé le 20e siècle et leur souvenir a atteint le 3e millénaire ; ils sont devenus les symboles de lutte et de résistance face à toutes les tyrannies, persécutions, massacres et tentatives d’extermination commises depuis lors par le chef kurde Beder Khan, le sultan Abdul Hamid II, le chef kurde Semko, Anwar Pacha, Telat Pacha, Békir Sidqi, Hadji Ramadan et d’autres responsables de crimes contre l’humanité. Ils n’ont réussi ni à déraciner les Assyriens de leurs terres ancestrales ni à éradiquer leur identité nationale, malgré de continuelles tentatives d’arabisation, de turquisation et de kurdisation, hélas encore pratiquées de nos jours.

Aujourd’hui, les communautés assyriennes-chaldéennes-syriaques commémorent de par le monde ces héros dont le martyrologe s’allonge toujours et reste gravé dans la mémoire collective qui rendra éternels tous les actes héroïques et sacrifices offerts pour l’existence et la sauvegarde de l’identité de ce peuple ayant le droit de vivre libre et digne sur la terre de ses ancêtres, Beth Nahrin. Le souvenir de ce jour ne suscite pas seulement la tristesse et la peine, tant il donne la force et la volonté, consolide la conviction en la justice de cette cause et pousse à intensifier les activités afin de dépoussiérer les archives des instances internationales et nationales contenant les documents et les témoignages irréfutables du génocide/Sayfo (1914) et des massacres de Simélé (1933) ; tout en demandant également aux organisations internationales, aux gouvernements et parlements la reconnaissance de ces crimes contre l’humanité.

La décision des tribunaux turcs, prise le 5 avril 2001, d’acquitter Yusuf Akbulut, prêtre syriaque orthodoxe de l’église Sainte Marie à Amed (Diyarbekir), de le laver de toutes les accusations, peut être considérée comme un premier pas et une reconnaissance indirecte du gouvernement turc dans les crimes commis contre les Assyriens. Si nous nous souvenons et rappelons ces massacres et ce génocide aujourd’hui, nous ne voulons cependant pas juger les citoyens de ces pays et mettre leurs futures générations dans le boxe des accusés, mais nous appelons leurs sociétés civiles à prendre l’initiative d’ouvrir le débat sur leur propre passé. Car l’amnésie collective dont ils souffrent résulte de ce que leur conscience historique a été paralysée pendant des décennies, générant des tabous à l’évocation du terme « génocide » hantant leurs esprits et les empêchant de prendre au nom des valeurs humaines et démocratiques une certaine distance par rapport à leur propre passé. La reconnaissance de la part des gouvernements turc et irakien, mais aussi des forces kurdes progressistes de ces massacres et génocide ouvrira sans doute un nouveau chapitre de l’histoire de cette région dont la devise serait « plus jamais ça » alors tous les citoyens des ces pays, malgré leurs différentes confessions religieuses ou appartenances ethniques, cohabiteront ensemble au sein d’une société de justice et d’égalité régie par une constitution sauvegardant et protégeant les droits de tous. Pour cette première commémoration du millénaire, nous appelons toutes les communautés assyriennes-chaldéennes-syriaques à coordonner leurs actions et activités pour faire de cette année 2001 l’année du martyre, ayant pour objectif de briser le mur de l’ignorance et du silence, de dénoncer toutes les politiques de « deux poids, deux mesures » dictées par la « raison d’état », afin de ramener ce dossier du génocide / sayfo sur la scène et l’agenda internationaux. D’autre part, par devoir envers la mémoire des martyrs, nous demandons à tous, là où ils se trouvent, de participer à la réalisation de monuments commémoratifs des martyrs tombés pour la défense de nos droits légitimes. C’est devant ces monuments que les générations futures se recueilleront et se souviendront des martyrs de ce peuple qui mérite véritablement le titre de peuple martyr.

Août 2001 Assyrian Democratic Organization ( A D O ) Ob 6751 Section Europe



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