Le dimanche 29 janvier 2006
Paul SCHEMM
Agence France-Presse
BAGDAD
Le procès du président irakien déchu Saddam Hussein a connu une nouvelle journée chaotique dimanche avec le départ des principaux accusés et des avocats, tandis qu’une série coordonnée d’attentats a frappé sept églises, à Bagdad et dans le nord, tuant trois personnes.
Le nouveau juge kurde Raouf Rachid Abdel Rahmane a marqué immédiatement de son empreinte la conduite des débats après la démission controversée de son prédécesseur Rizkar Amine qui avait été critiqué pour un prétendu laxisme à l’égard des accusés.
Vif et précis, le nouveau juge s’est montré strict, ne tolérant plus les incartades qui étaient devenues habituelles chez Saddam Hussein et ses sept co-accusés.
Dès les premiers moments de l’audience, Saddam Hussein et trois des principaux accusés ont quitté le tribunal ou ont été expulsés, et tous les avocats de la défense se sont retirés. Les quatre accusés les moins connus se sont ainsi retrouvés seuls, défendus par des avocats commis d’office.
Saddam Hussein s’est lancé dans une attaque en règle contre le tribunal, comme lors des dernières audiences, lui refusant toute légitimé et n’acceptant pas que le juge lui donne des instructions.
"C’est un tribunal américain", s’est écrié le président déchu pour se faire contredire par le juge, qui a rétorqué que sa juridiction était "un tribunal irakien né d’une décision irakienne". "Non, pas irakienne, américaine !", a insisté l’ancien maître absolu de l’Irak, jugé, depuis octobre, avec sept de ses lieutenants, pour le massacre de 148 villageois chiites après une attaque contre son cortège en 1982 dans la localité de Doujaïl, au nord de Bagdad.
Saddam Hussein s’est énervé d’entendre le juge donner des instructions, soulignant qu’il "avait dirigé le pays pendant 35 ans". Le président du tribunal a répondu : "Je suis le juge, vous êtes l’accusé et vous devez m’obéir".
Au début de l’audience, Barzan Al-Tikriti, demi-frère de Saddam Hussein et ancien chef des services de renseignements, a entrepris de faire une longue déclaration sur son état de santé lorsque le juge lui a demandé de se taire et indiqué qu’il examinerait l’affaire. L’accusé continuant à parler, le juge a demandé aux gardes de l’expulser.
Auparavant, l’accusé avait traité la cour de "fille de pute", manifestant clairement sa volonté de tester l’autorité et les réactions du nouveau juge.
L’audience, la huitième, du procès devant le Haut Tribunal pénal, a pris fin en milieu d’après-midi, et une nouvelle audience a été fixée à mercredi.
Au cours de l’audience, deux femmes sont venues témoigner, sans révéler leur identité, sur les sévices et les tortures qu’ont subis, pendant des années, parfois jusqu’à la mort, les habitants de Doujaïl après l’attentat de 1982.
Un porte-parole du tribunal, le juge d’instruction Raëd al-Jouhi, a déclaré dimanche soir que le procès continuera, même si les accusés demeurent absents.
"C’est le tribunal qui dirige les procédures. Cela ne dépend pas de la présence ou de l’absence de Saddam Hussein", a-t-il dit ajoutant que les accusés ne seront pas forcés à être présents aux audiences.
Pour leur part, les avocats de la défense n’assisteront pas à la prochaine audience, a indiqué l’un des leurs Me Najib al-Nouaïmi qui a estimé que la meilleure façon de continuer le procès est de le transférer à l’étranger.
Les attentats qui ont visé dans l’après-midi sept églises à Bagdad et à Kirkouk (nord) ont tué trois personnes et blessé 17, a indiqué la police.
Cinq églises ont été visées dans la capitale avec 6 blessés. A Kirkouk, les attentats qui ont visé deux églises ont fait trois morts et 11 blessés.
Les lieux de culte chrétiens, comme musulmans, sont régulièrement l’objet d’attaques en Irak. En 2004, une vague similaire d’attaques coordonnées a visé des églises à Bagdad et Kirkouk, faisant des victimes.
La très grande majorité des chrétiens d’Irak, qui représentent moins de 3% de la population du pays, appartiennent à l’Eglise chaldéenne.
(Tribunus)